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Le Rossignol

 Space Invader et autres signes à Ljubljana, Domaine public, (cliquez pour aller à la source)

Il était une fois une princesse qui avait un rossignol. Cet oiseau-là était son rayon de soleil. Ses chants égayaient ses jours et elle en prenait grand soin. Le rossignol lui rendait cet amour avec constance. Parfois, l’oiseau lançait un trille, et la princesse lui répondait, leur chant se mêlant dans un concert des plus harmonieux.

Puis la princesse fut en âge de se marier. Nombre de prétendants vinrent demander sa main, mais elle les repoussait.
— Je n’épouserais qu’un homme sachant chanter aussi bien que mon rossignol, disait-elle.

Son père, le roi, finit par perdre patience et la sermonna. Mais la princesse n’en démordait pas. Elle ne voulait pas d’un prince à la voix de crapaud, ou d’un autre au souffle de blaireau, elle voulait aimer en chantant.

Seule dans sa chambre, elle confia ses peines au rossignol. Celui-ci semblait aussi abattu que sa maitresse, lançant des gazouillis malheureux. Il avait l'air si affligé qu’elle le prit dans ses mains, caressant ses plumes. Puis obéissant à une impulsion subite, elle déposa un petit baiser sur sa tête emplumée.

Dans un souffle, le sortilège qui entourait le rossignol fut rompu et ce dernier reprit sa forme originelle : celle d’un jeune homme, beau comme un prince.
— Merci, douce amie, lui dit-il, par votre baiser vous m’avez délivré d’un triste sort.
— Mais… comment !
— C’est une étrange histoire que je dois vous conter… et j’espère que l’ayant entendu, vous ne me tiendrez pas rancune…

Et le prince se mit à raconter.

Il y a quelques années de ça, je chassais dans les bois, quand au détour d’un arbre, je tombais sur une vision enchanteresse : une nymphe se baignant nue dans une fontaine. Il n’était nullement dans mon intention de faire le voyeur, bien que l’apparition m’ait charmé, et je commençais à m’éloigner en toute discrétion, afin de ne pas effrayer la belle. Hélas, le sort me fut contraire, car une fée avait observé le manège et s’était méprise sur mes intentions. Courroucée, elle me tança vertement, me menaçant des pires avanies. J’eus beau tenter de lui expliquer, elle ne voulut rien savoir.
— Ce serait te faire trop d’honneur que de te transformer en crapaud, cria-t-elle, tu pourrais continuer à reluquer impudiquement les jeunes jouvencelles ! Non, puisque tu sembles un beau parleur, change-toi en rossignol !

À peine avait-elle prononcé ces mots, que je me trouvais couvert de plumes et réduit à une taille minuscule. Terrifié, je voletais un long moment, ne sachant comment me dépêtrer de cette situation. Enfin, je me résignais à mon sort.

Un jour, mon vol m’amena près des fenêtres de vos appartements. Vous chantiez de la voix la plus merveilleuse qui soit. Ce jour-là, je vous ai juste écouté, charmé. Puis j’ai fini par mêler mon chant au vôtre, et c’est ainsi que nous avons fait connaissance. Mais quelle surprise lorsque je vis votre visage pour la première fois ! Ah, la honte faillit me faire fuir… car vous étiez la nymphe dont j’avais surpris le bain. Je compris cependant que le destin avait un dessein pour nous puisque j’avais trouvé le chemin jusqu’à vous.

Alors je restais en votre compagnie, partageant vos rires et vos peines, savourant chaque jour passé à vos côtés. J’aurais aimé vous dire qui j’étais, mais je me trouvais contraint de mentir sur ma nature, lié par ce sort… Et lorsque vous m’avez annoncé que l’heure de votre mariage approchait, mon cœur s’est brisé… J’aurais tant aimé pouvoir chanter sans fin à vos côtés ! Mais bientôt, un autre ravirait votre cœur…

Le prince, penaud, regarda la princesse :
— À présent, vous m’en voudrez sans doute d’avoir profité de votre compagnie sous cette forme trompeuse, et d’avoir été si indiscret, aussi… Je m’en remets à votre jugement et ne vous importunerait plus, si telle est votre désir.

La princesse lui répondit dans un éclat de rire cristallin :
— Ne dites pas de bêtises ! Je voulais un prétendant qui chante, et voilà le prince de mes rêves ! Venez, allons dire au roi mon père que tout se termine bien.

Puis d’une œillade coquine, elle lui glissa :
— Mais pensez à vous habiller avant, la fée a oublié les vêtements dans son sortilège…

univers/autres/jour/026.txt · Dernière modification: 03/10/2017 13:57 (modification externe)