Outils du site

univers:ryzom:laofa:017

Sur le chemin de la sagesse ?

Où une certaine Zoraïe croit trouver le chemin de la sagesse et trouve surtout, enfin, l'amour.

Presque une semaine qu’elle n’avait pas croisé un homin, en dehors des quelques tribus qui patrouillaient dans la région et ne l’avaient pas dérangée . Chasser pour avoir de quoi manger, méditer, dormir… Jamais encore Laofa n’avait pratiqué une retraite loin du monde avec autant de sérieux. La paix avait fini doucement par venir. Une fois son esprit apaisé, elle l’avait laisser repartir explorer les événements récents, en douceur, en prenant son temps. Il était temps d’analyser tout ça et d’en tirer des leçons.

Étrangement, ce n’était pas d’avoir revu Fakuang qui la traumatisait le plus. Elle s’était réveillée en hurlant la nuit, les premiers temps, persuadée qu’elle était encore là-bas, dans ce champ de boue, que le combat devait encore reprendre…

Mais au final, ce moment désagréable lui avait appris une chose surprenante sur elle-même. Une information qu’elle espérait ne jamais avoir à confirmer malgré tout. Elle avait visiblement la bonne tournure d’esprit pour résister à la torture. Elle frissonna en y repensant. Elle espérait vivement ne pas retenter l’expérience.

Mais ce qui ne s’apaisait pas dans son cœur concernait un autre homin. Elle avait beau essayer de se raisonner, à chaque fois qu’elle évoquait Jaggernot, elle pleurait à chaudes larmes, souffrant comme si on lui avait arraché son cœur. Elle lui avait dit adieu, à quoi bon repenser à lui ?

Le dixième jour, elle se réveilla et se rendit compte que dans la nuit, son esprit avait fini d’assembler les pièces. Son erreur était monumentale. Pourtant, elle se sentait apaisée de l’avoir trouver.

En fait, oui, elle était tombée amoureuse de lui. Il lui avait fallu tout ce temps pour l’accepter, et à présent il était trop tard. Et en relisant ses lettres, elle comprenait aussi qu’elle avait un peu trop projeté ses attentes sur Jaggernot. Il lui avait pourtant écrit, noir sur blanc, qu’il n’était pas amoureux ! Et elle… elle avait interprété ses phrases, ses gestes. Oui, il l’aimait bien mais comme Laofa pouvait aimer Kaewa. Rien de plus.

Elle prit sa plume et lui écrivit un izam.

Cher Jaggernot,

Je te dois des excuses pour mon comportement inacceptable de l'autre jour. J'ai encore une fois raisonné complètement de travers. Tu as raison quand tu dis que je me contente d'étiqueter le monde, en fait. Je voulais tellement te mettre dans une case que je n'ai pas écouté ce que tu me disais et que j'ai tout déformé. Il aura fallu bien des quiproquos pour que j'ouvre les yeux sur mon propre cœur et que je vois à quel point je m'aveuglait.

Je suis désolée de t'avoir imposé tout ça. Tout à la fois, je craignais et désirais que tu m'aimes, sans voir que le problème n'était pas de ton côté mais du mien. Tu m'as pourtant écrit, noir sur blanc, que ces sentiments ne te concernaient pas… Mais je ne voulais pas le voir. Je ne voulais pas voir non plus ce que j'avais sur le cœur. Je m'étais tellement persuadée que je ne devais pas succomber de nouveau au charme d'un homin que j'ai projeté sur toi ce que je ne pouvais pas accepter de mon côté. Je suis tombé amoureuse de toi, yui… alors que tu ne cherchais que de l'amitié et un peu de compagnie dans ta recherche de… De je ne sais même pas quoi. J'ai honte d'avoir si mal interprété tes réactions, d'avoir cru que…

Je crois que le choc a été trop fort quand je t'ai vu avec Hilarius. Cela me renvoyait à mes propres incapacités, à tout ce que je ne pourrais jamais offrir à un homin comme toi. Je me suis sentie trahie. Il m'a fallu du temps pour comprendre que la trahison ne venait pas de toi, mais de moi… De mon aveuglement. Je me suis trompée moi-même… Et c'est sur toi que je me suis vengée, alors que tu n'y étais pour rien. Tu m'as offert ton amitié et je n'ai fait que me méprendre, encore et encore.

Je ne sais pas si tu pourras me pardonner mes méprises. Je sais que j'aurai du mal à croiser ton regard, et qu'il me faudra du temps pour te voir comme un frère, pour apaiser mon cœur lorsque je te rencontrerai. Mais j'ai au moins réussi à calmer ma jalousie hors de propos. Le reste n'est qu'une affaire de temps et de volonté. Je suis arrivée facilement à oublier mon adoration pour Cyvos et à ne le voir que comme un ami, je devrais pouvoir recommencer le même chemin, si tu le souhaites. Cependant, si tu ne veux plus croiser le chemin d'une écervelée comme moi, je le comprendrai.

Il m'a fallu du temps pour comprendre… Il m'en faudra encore plus pour l'accepter. Je te demande pardon pour tout ça. Je ne suis vraiment pas la sage Zoraïe qu'il te faudrait dans ta quête spirituelle ; mes sœurs n'auraient jamais du me laisser quitter leur protection ! Mais j'apprends doucement de mes erreurs, regrettant au passage les ravages qu'elles font.

J'espère que nous nous reverrons un jour.

Laofa

L'izam s'envola et Laofa reprit sa méditation, espérant apaiser les battements de son cœur.

Bien plus tard, un izam arrivant à tire d'aile la réveilla. Elle reconnut l'écriture de son légionnaire sur l'enveloppe, et la déchira, fébrile, espérant malgré elle qu'il lui dirait…

Mais, au fur et à mesure de sa lecture, son masque affichait une expression de plus en plus paniquée.

Chère Laofa,

C'est avec surprise que je reçois cet izam alors que je te croyais partie loin… De cœur et physiquement. Du haut de ma colline et en pleine méditation en vu d'oublier et calmer les feux qui m'attisent intérieurement, je ne peux que prendre ma plume pour te répondre une dernière fois alors que je m'étais promis de ne pas le faire… Alors voilà.

Avant de te connaître Laofa, les homines n'étaient que des casse-croûtes post-batailles pour moi. Ou alors des Kaewa : des homines qui se servent des homins pour régler leurs problèmes ou retrouver un père ou une sécurité qu'elles ont perdus ou qu'elles n'ont jamais eus dans leur vie.

Tu as chamboulé ma vision du monde Laofa. Pas que mon point de vue sur les homines. Sur tellement d'autres choses. Et ce que j'essaie de refouler aujourd'hui dans la méditation et le jeûne, c'est bien de l'amour pour toi.

J'ai mis du temps à l'admettre mais c'est réellement bien de l'amour. Cette chose que j'ai sabotée, refoulée et fuie… C'est de l'amour. Sentiment que je pensais ne plus jamais ressentir. Tu m'as redonné vie Laofa.

Mais bien que je puisse mettre aujourd'hui un nom sur tout ça et l'admettre, je ne peux que me rendre à l'évidence que, même dans le meilleur des cas, notre relation était vouée à l’échec. Je l'ai compris l'autre soir aux bains quand j'ai vu Cyvos. L'homin idéal pour une homine comme toi.

Après mon flirt avec Hilarius et ton départ précipité, Cyvos m'a pris à partie pour m'ordonner d’être homin et d'assumer mes actes envers toi. Je lui ai répondu qu'il serait bien meilleur que moi dans ce rôle, qu'il était ton premier choix et sera le dernier avant de continuer mon chemin lâchement. Et sur le moment je le pensais vraiment… Je crois même le penser encore.

Je reste persuadé que je préfère te perdre que de te faire souffrir par mes maladresses, ma brutalité, mon inculture ou ma grossièreté. Il y aura toujours des Cyvos un peu partout dont la vision me rappelleront mon imposture à tes cotés.

Il ne me restait qu'une seule solution: L'oubli.

Je me suis rappelé d'un “Rite de l'oubli” dont on m'avait parlé lors d'une veillée parmi la tribu de la Compagnie de l'Arbre Éternel au Nexus. Celui-ci consistait à monter en haut de la colline de Fin de la Destinée, se mettre sous “l'arbre aux souvenirs” y rester 30 jours et 30 nuits en mâchant des feuilles de slaveni comme unique nourriture. A la fin des 30 jours et 30 nuits, l'homin que vous étiez aurait complètement disparu pour laisser place à un autre. Sans souvenirs ni démons du passé.

Me voilà en haut de la colline. Sous l'arbre aux souvenirs.

J'ai trop souffert Laofa. Tu es la blessure de trop. J'ai laissé quelques notes à un Zoraï de la Compagnie de l'Arbre Éternel qu'il sera chargé de me remettre à ma descente de la colline afin de ne pas oublier ma place aux légions et d'autres choses futiles. Et tu n'en fais pas partie.

J'ai été heureux de croiser ton chemin Laofa. Je te souhaite le meilleur et de rencontrer enfin un homin digne de toi. Mais d'ici treize jours tu ne seras plus qu'une inconnue pour moi. Je pourrai te croiser dans une rue sans même te saluer ou te reconnaître. C'est mieux ainsi. S'il te plaît, si tu me croises, n'essaie pas d'entrer en contact avec moi. C'est mon ultime requête Laofa.

“Je crois en toi” Ce seront mes derniers mots. Enfin ceux du Jaggernot que tu connaissais. Sers toi en comme leitmotiv pour avancer pendant chaque coup durs que la vie t’infligera. Je t'en prie.

Je t'aime. Adieu

Jaggernot.

Laofa se releva, terrifiée à l'idée de le perdre alors qu'enfin, ils avaient réussi se rejoindre, à se mettre d'accord.

“Le nexus, le nexus… C'est une région terriblement dangereuse, je ne sais même pas où est le lieu dont il parle ! Ha, mais non, il ne fuira pas comme ça, je ne veux pas !!! Je préfère mourir en essayant de le rejoindre et de l'arrêter que de le perdre sans rien faire !”

Elle renversa sa bourse de pactes de téléportation, cherchant fébrilement celui qui la mènerait là-bas, puis brisa la perle.

univers/ryzom/laofa/017.txt · Dernière modification: 03/10/2017 13:57 (modification externe)